Le Bien Public – 15/02/2018 – Côte-d’Or Politique

Yolaine de Courson : « Je revendique une ruralité conquérante, pas gémissante »

Élue députée de la 4e  circonscription de Côte-d’Or en juin 2017, Yolaine de Courson (LREM) évoque les sujets qui font l’actualité de son territoire : agriculture, numérique, santé, parc national…

Portrait Yolaine de Courson Bien PublicBandeau crédit photo

Passer de maire d’une commune de 75 habitants, Arrans, à l’Assemblée nationale, c’est un sacré saut. Comment l’avez-vous géré ?

« Je trouve génial que ce saut ait été possible. Depuis des décennies, il fallait franchir des barrières, au sein des partis, avant d’espérer être intronisé. Pour la première fois, nous avons au moins 200 députés qui, comme moi, viennent de la société civile. Cela démontre qu’on n’a pas besoin d’être spécialiste de quelque chose pour siéger à l’Assemblée. Il y a une somme d’informations à ingérer. Surtout avec Emmanuel Macron : c’est beaucoup, tout le temps et très vite… Mais cette masse fait qu’à un moment donné, nous donnons notre avis en âme et conscience. Tout en gardant cette forme de candeur. »

Depuis votre élection, y a-t-il des sujets sur lesquels vous n’étiez pas d’accord avec ce qui était présenté par la majorité ?

« Vous savez, je n’ai pas été élue parce que je m’appelais Yolaine de Courson et qu’on m’attendait depuis cent ans. J’ai été élue parce que j’étais ‘‘En Marche !’’ et parce que j’ai soutenu un programme auquel je crois. Tout ce qu’on a voté était inscrit dans le programme. Mais je pense que nous aborderons de plus en plus de sujets qui n’étaient pas dans le programme. Et le Parlement sera là pour amender, critiquer… »

Le gouvernement prépare une loi sur l’agriculture, un sujet qui concerne la 4e  circonscription…

« Oui. C’est pourquoi mon équipe et moi avons écrit aux 1 300 agriculteurs de la circonscription. Nous leur proposons de participer à des ateliers, de décortiquer le projet de loi. Et nous verrons quels sont les points qu’il faudra amender. Je viens d’être élue présidente du groupe d’étude sur les enjeux de la ruralité à l’Assemblée. Et je revendique une ruralité conquérante, pas gémissante. Parce que nous disposons d’une puissance incroyable, que nous n’avons pas révélée. Parce que nous avons l’espace. Parce que le développement durable, ça va se passer chez nous. Et parce qu’il y a beaucoup d’intelligence dans la nature. Mais tout ceci ne pourra pas se faire sans Internet… »

Le président du conseil départemental, François Sauvadet (UDI), assure que 99,9 % de la population sera connectée en 2020. Vous pensez que le pari sera tenu ?

« Je sais qu’il a le désir et la volonté de le faire. Mais le vrai problème, c’est Orange. Car même en apportant la fibre dans tous les villages, si le dernier kilomètre de réseau, en cuivre et géré par Orange, est pourri, ça ne sert à rien. Cela revient à rouler en Ferrari sur un chemin de terre. Ce réseau est vétuste et mal entretenu. Le député de Lozère Pierre Morel-à-l’Huissier (LR), qui connaît les mêmes difficultés sur son territoire, va d’ailleurs intenter une action de groupe contre Orange. À un moment donné, je vais aller le voir et nous allons faire la même chose. Chaque semaine, mon équipe transmet à Orange tous les problèmes que les citoyens nous font remonter. Quand vous habitez Billy-lès-Chanceaux, par exemple, Internet n’existe pas. Même le téléphone fixe ne fonctionne pas. Je trouve cela très grave à l’heure où d’autres profitent d’un monde entièrement digitalisé. »

Pour en revenir à François Sauvadet, quelles sont vos relations avec lui ?

« Elles sont bonnes. Il faut reconnaître que nous avons deux conceptions totalement différentes de la politique. Il doit sans doute me prendre pour un ovni. Mais c’est un acteur incontournable. Je dois composer avec. À titre d’exemple, nous avons proposé que les communautés de communes du Montbardois et du Pays Châtillonnais postulent pour bénéficier du contrat de transition écologique que veut mettre en place le secrétaire d’État, Sébastien Lecornu. J’ai donc demandé à François Sauvadet de soutenir le projet auprès de Sébastien Lecornu, qu’il connaît très bien. Et il a tout de suite accepté. Nous ne sommes pas du même bord, mais nous ne sommes pas très éloignés non plus. Il suffit de voir le nombre d’adhérents UDI qui ont rejoint ‘‘En Marche !’’. »

Quel est votre sentiment sur le projet de parc national des forêts de Champagne et Bourgogne ?

« Tout le monde sait que j’y suis complètement favorable. Et je suis certaine que dans le Châtillonnais et le sud de la Haute-Marne, le label ‘‘parc national’’ fonctionnera exactement comme l’étoile du château de Courban. Ce sera aussi le support de nombreux projets scientifiques. Ou avec la filière bois, dont le potentiel est énorme. Pour les agriculteurs, le parc pourra être une opportunité grâce aux aides pour développer l’agro-écologie. C’est pourquoi la priorité, aujourd’hui, c’est de rassurer tout le monde. »

Dans le nord de la Côte-d’Or, le manque de services de soins pose aussi problème. Quelles solutions proposez-vous ?

« Il faut qu’on gère une pénurie. C’est pourquoi nous organisons des assises de la santé, en interrogeant les citoyens de la circonscription. Dès que nous aurons recueilli mille questionnaires, nous discuterons chaque thématique avec des professionnels de santé. Et ceci devra déboucher sur des propositions concrètes. »

Propos recueillis par Bertrand Lhote

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