Infos Dijon – 26/03/2018 – Côte d’Or

Comment innover dans les zones rurales ? Il y avait du beau monde dans la salle polyvalente d’Aignay-le-Duc pour débattre de cette problématique : notamment les élus Yolaine de Courson, Marc Frot et Fabien Bazin ainsi que Philippe Bertrand, l’animateur de France Inter. Ce Forum des Solutions proposé par la Fabrique du millénaire a rassemblé 50 personnes vendredi dernier.

 

article infos Dijon la fabrique du millénaire

Le désarroi des zones rurales est sensible. Nombreux sont celles et ceux qui se sentent oubliés des centres de la vie sociale et économique. Pourtant des initiatives surgissent dans tel ou tel territoire de Bourgogne-Franche-Comté pour contribuer à dynamiser un bourg délaissé, une ville moyenne ou encore une zone agricole.

«Innovations techniques et innovations sociales» tel était le thème du second Forum des solutions de la Fabrique du millénaire qui a eu lieu ce vendredi 23 mars 2018 dans la salle polyvalente d’Aignay-le-Duc devant 50 personnes. Cinq témoins sont venus parler des initiatives positives auxquelles ils ont pris part sur leur territoire respectif. Philippe Bertrand, l’animateur radio bien connu de France-Inter pour ses «Carnet de campagnes», a joué le rôle de Monsieur Loyal.

«Mettre en avant le french savoir-faire»

Le premier témoignage fut celui de Yolaine de Courson (députée LREM de la quatrième circonscription de la Côte-d’Or) à propos de la «Maison de l’audace» créée à Montbard en janvier 2018. Pour la députée, «il faut arrêter la ruralité gémissante, il faut oser ! Notre destin est entre nos mains». C’est pourquoi elle a donc lancé cette «Maison de l’audace» qui rassemble des compétences diverses (avocate, comptable, coach, agriculteur…) au service de porteurs de projet. Selon Yolaine de Courson, «l’objectif est de les accompagner tout au long de la réalisation de leurs projets en les aidant dans leurs démarches, dans la constitution de dossiers de demandes de subventions et de financements, leur donner accès à des conseils juridiques, etc.».

Les projets potentiels se retrouvent principalement dans le domaine du développement durable avec la méthanisation, les puits de carbone (ce qui renvoie directement à la préservation des forêts dans le cadre du parc national – lire-ci-dessous), la production du lait (sur le mode équitable) ou encore la formation avec le lycée de Montbard. Pour la députée, parallèlement à la FrenchTech, il faut mettre en avant le «french savoir-faire» : «l’élégance, le goût du détail», l’alliance de l’extrêmement ancien avec l’extrême nouveauté pouvant se décliner dans l’agriculture, l’industrie ou bien l’artisanat.

À Nogent, les acteurs de la santé se fédèrent

Deuxième témoin, Christophe Juppin (chargé de développement de la CCI de la Haute-Marne) a, lui aussi, souhaité sortir des sentiers battus en parlant de la HealthTech (les technologies de la santé). Car, s’il existe des labels nationaux pour la FrenchTech, il existe aussi des réseaux thématiques pour les territoires qui ne sont pas des métropoles. Dans la Haute-Marne, la ville de Nogent (4.000 habitants) est connue pour ses coutelleries et ses entreprises du secteur de la santé.

Un tiers des prothèses de hanche et de genou est conçu dans les environs de Nogent. Pour faciliter les échanges entre les différentes sociétés, un cluster d’entreprises a été créé dans les années 2000 avec le soutien de BPI France (la banque publique d’investissement). Pour Christophe Juppin, «le capital existe, il faut savoir le comprendre et surfer dessus pour créer une dynamique». Les voies de communication étant essentielles, la proximité de l’autoroute a été un atout. Mais une autoroute ne fait pas tout : les représentants étrangers des entreprises installées localement veulent pouvoir faire l’aller-retour dans la journée ; ils vont donc privilégier les déplacements en avion. Selon le représentant de la CCI, il n’y a pas de problème d’embauche, les critères de recrutement sont «se lever le matin et être à l’heure». Les acteurs locaux se chargeant de la formation. De ce fait, le taux de chômage de la zone Chaumont-Nogent-Langres était de 6,6 % au second trimestre 2017 selon la DIRECCTE Grand Est.

A contrario, si les entrepreneurs du secteur de la santé ont su s’entendre pour faire converger leurs intérêts, les acteurs de la coutellerie de Nogent n’ont pas su, eux, se fédérer : «maintenant, la coutellerie est surtout dans le musée».

«Clipper la modernité sur les traditions»

Fabien Bazin (maire PS de Lormes et conseiller départemental de la Nièvre) est connu pour avoir inventé la notion de «bouclier rural», une réponse au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. Ce fut un projet de loi porté par Jean-Marc Ayrault, alors député de Loire-Atlantique et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Déposé en février 2011, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le projet de loi n’a pas abouti. Même sans bouclier, Fabien Bazin ne désarme pas et il a expliqué au public d’Aignay-le-Duc comment il continuait son combat pour la ruralité depuis le Morvan.

Ce maire fait le constat qu’un exode urbain est en train de succéder à l’exode rural du XXème siècle. Selon lui, «15 % des urbains ont un projet de vie à la campagne». Il a aussi noté que la négativité ambiante plombait les initiatives : «il y avait tellement de protestations que l’on en oubliait les demandes». Cependant, les innovations sociales ne sont pas toujours comprises au départ, d’où la nécessité de travailler avec la population : «on fait concrètement les choix des projets à mener à bien».

En guise d’exemple, l’édile a dévoilé les coulisses de la lutte contre la baisse de la démographie médicale : il a engagé un chasseur de tête pour trouver des médecins. Ainsi, un praticien grec francophone a été embauché par le centre hospitalier local afin de sauver le service de médecine menacé de fermeture par l’ARS Bourgogne-Franche-Comté.

Pour Fabien Bazin, «on ne peut pas régler les problèmes sans les personnes qui font les choses concrètement, dont les maires». Selon lui, «l’État a 15 à 20 ans de retard sur la société». Il a néanmoins pris soin de ne pas apparaître réactionnaire : à l’heure des livraisons par drone, «on ne va pas remettre des commerces dans les bourgs». Les anciens commerces devenus vides pourraient être transformés en loft ruraux ou bien en hébergements pour personnes âgées (sur le modèle des villages bleus). Il souhaite ainsi «clipper la modernité sur les traditions» et compte sur le tissu associatif. Lormes : 1.500 habitants, 9 restaurants, 53 associations.

Le chanvre en Bourgogne-Franche-Comté, «énorme marché potentiel»

Les deux derniers témoignages d’une soirée riche en attitudes positives furent ceux d’entrepreneurs. Dominique Bernard (gérant du domaine viticole du Muid montsaugeonnais dans la Haute-Marne) a expliqué comment avait eu lieu la renaissance du vignoble haut-marnais à partir de 1989. Aujourd’hui, le domaine fait 13 hectares, emploie 4 personnes et produit les bonnes années 100.000 bouteilles en Indication Géographie Protégée Haute-Marne. Il a clairement invité les acteurs publics a soutenir les productions locales par une politique d’achats spécifiques.

Frédéric Roure (président de la société Géochanvre) était, lui, venu spécialement de Lézinnes (Yonne) pour détailler le parcours l’ayant mené à la création d’une startup de géotextiles biodégradables en mai 2016. Sachant que la Bourgogne-Franche-Comté est la première région d’Europe pour la production du chanvre, il a réuni trois millions d’euros, avec le soutien de la BPI et de la FrenchFab, pour s’installer sur un ancien site du cimentier Lafarge dans le Tonnerrois. Aujourd’hui, 30 hectares sont cultivés en chanvre, 8 salariés sont employés et 8.000 m² de paillage pour les maraîchers sont produits chaque jour. Avec l’arrêt de l’utilisation de l’herbicide glyphosate, il y a, selon l’entrepreneur, «un énorme marché potentiel» pourtant il a concédé «ne pas arriver à convaincre les collectivités». Ce qui ne l’empêche pas d’être actif dans le pôle de compétitivité agroalimentaire Vitagora.

 

Internet par fibre optique à Aignay-le-Duc en 2019

La conclusion de ces témoignages revint à Marc Frot (conseiller départemental de la Côte-d’Or) qui, en matière d’attractivité des territoires, a évoqué la question de l’accès à Internet à très haut débit sans se voiler la face : «à Aignay, ça rame sévèrement». Le village, comme 350 autres communes, devrait néanmoins être équipé en fibre optique en 2019. Il a souligné que ce n’était pas une question de budget mais de disponibilité des entreprises, actuellement très sollicitées. Pour l’avenir des territoires ruraux, Marc Frot a dit croire dans le développement du télétravail, notamment dans la haute Côte-d’Or où «les maisons sont plus belles et moins chères qu’à Paris».

 

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En 2019, un parc national des Forêts de Champagne et de Bourgogne

Pour sa part, Marion Delforge (chargée de mission du Groupement d’Intérêt Public du Parc National des Forêts de Champagne et de Bourgogne) a fait un point d’étape sur le projet de parc national. La troisième version du projet de charte a été récemment votée. Une concertation concernant le projet de développement de territoire aura lieu jusqu’à cet été et une consultation publique démarrera à l’automne 2018 avec pour objectif une création du parc mi-2019.

Ce projet est issu du Grenelle de l’Environnement qui a eu lieu durant la présidence de Nicolas Sarkozy. Annoncé en juillet 2009 par François Fillon, alors Premier ministre, il devrait être le onzième parc national de France. Recouvrant les massifs forestiers de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), d’Arc-en-Barrois et d’Auberive (Haute-Marne), il serait le premier parc national en forêt feuillue de plaine.

Les acteurs locaux placent dans la création de ce parc leurs espoirs d’un développement économique et touristique mais les acteurs économiques font montre de quelques inquiétudes. Il y a surtout des TPE installées sur le territoire en question : 70 % des entreprises n’ont aucun salarié selon Marion Delforge. C’est dans un souci d’animation du territoire et de convergence des points de vue, pour soutenir la création du parc, que l’association la Fabrique du millénaire a été créée en décembre 2017. L’objectif est de devenir à terme une fondation pouvant soutenir des initiatives locales.

L’avenir de la ruralité en question

Co-président de la Fabrique du millénaire, Philippe Bertrand a expliqué la démarche à Infos-Dijon : «il y a du potentiel dans la culture mais on en parle assez peu. L’histoire de créer un groupement d’animation culturel, sous toutes les formes, comprenant aussi le patrimoine, ça m’intéressait bien. Avec un ami hélas décédé, Xavier Douroux, on est parti sur l’idée que l’on devrait faire une fondation de territoire, comme cela s’est fait dans le Morvan, sous l’égide de la Fondation de France.  On a fait une préfiguration sous une forme associative. L’idée, c’est d’abord de réunir des gens de terrain, des gens qui ne connaissent pas tous les secteurs d’activité, des élus autour des questions de l’avenir de la ruralité au travers de la culture, de l’action sociale, de l’action économique…». Le territoire de l’association correspond à la couverture du futur parc national.

Dans une ambiance conviviale, la soirée s’est terminée par une dégustation de produits locaux parmi lesquels des vins de Haute-Marne, des jus de fruits de Châtillon-sur-Seine ou encore un époisses artisanal. En somme, la gustative attitude de la ruralité.

Jean-Christophe Tardivon

Crédit photos : Infos Dijon

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