La seconde réunion de la Commission des Migrations, des réfugiés et des personnes déplacées de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe dont je suis membre, s’est tenue les mercredi 21 et jeudi 22 mars à Amman en Jordanie.

 Déplacement en Jordanie

Une volonté d’étude de « terrain »

Ce déplacement a été l’occasion d’aborder des questions et enjeux majeurs auxquels nous sommes confrontés face aux crises migratoires : l’intégration et la protection des populations déplacées, l’exploitation des enfants migrants, les aspects juridiques et pratiques du traitement extraterritorial des demandes d’asile… Au travers des rencontres avec les différents ministres ou la visite du camp de réfugiés de Zaatari à la frontière syrienne, nous avons étudié sur le terrain la mise en place de la politique du droit d’asile en Jordanie.

La Jordanie : faire face à la crise migratoire au quotidien

La crise syrienne a été reconnue comme la plus importante crise humanitaire que le monde a eu à affronter depuis la seconde guerre mondiale. Après sept ans d’instabilité, les perspectives de retour des 5,5 millions de Syriens ayant fui leur pays diminuent sans cesse. Quand bien même la paix revenait en Syrie, il faudrait encore des années pour pouvoir reconstruire le pays.

Cette situation a entrainé un exode humain sans précédent vers les pays voisins, en particulier la Turquie, le Liban et la Jordanie. A elle seule, cette dernière a accueilli près de 1,4 millions de Syriens depuis 2015, soit plus de 13% de sa population.

Cet accroissement démographique soudain impacte l’économie du pays qui tente de maintenir un standard de vie élevé, de garantir l’accès aux soins, à l’éducation et aux services publics pour toutes les personnes présentes sur son territoire mais également de maintenir un certain libéralisme social qui se trouve fragilisé par ce phénomène. Le coût annuel de l’accueil des réfugiés syriens représente 1,5 milliards de dollars US, soit 4% du PIB, rendant cette situation difficilement tenable.

Trouver de nouvelles solutions d’accueil des réfugiés

Depuis 2012 et la détérioration de la situation en Syrie, des réfugiés affluent en masse aux frontières jordaniennes. Le camp de Zaatari, premier camp d’urgence mis en place par les autorités, avait vocation à être une installation provisoire pour accueillir cet afflux soudain de migrants. Avec 85 000 réfugiés vivant sur place, ce camp est aujourd’hui la 4ème « ville » de Jordanie.

Des solutions ont été mises en place pour améliorer les conditions de vie de la population : installation de panneaux solaires pour assurer l’autonomie du camp en électricité, développement de commerces et de systèmes de paiement par reconnaissance rétinienne, un tribunal interne, des écoles…

En dépit de la volonté des autorités d’intégrer et de répartir sur le territoire tous les réfugiés afin qu’ils demeurent le moins longtemps possible dans ces camps, 10% des migrants y résident encore et ce, depuis plusieurs années.

Une intégration désirée par les autorités

Les autorités jordaniennes souhaitent résolument améliorer les conditions d’intégration des réfugiés. Elles estiment en effet qu’une stratégie de co-développement est possible et que l’insertion d’une population nouvelle en Jordanie peut également favoriser son développement par la création de richesses et l’utilisation des aides internationales pour l’amélioration des infrastructures (écoles, services publics), bénéfique pour tous. A titre d’exemple, 93 303 permis de travail ont à ce jour été délivrés à des ressortissants syriens, dont 9 590 depuis le début de l’année 2018.

Cependant, la Jordanie est aujourd’hui dépassée, comme beaucoup de pays faisant face à des afflux importants de réfugiés : les infrastructures d’accueil et les services publics sont saturés, les moyens manquent pour garantir des niveaux de vie décents ou encore pour pouvoir développer des établissements d’éducation communs aux Jordaniens et aux ressortissants d’autres nationalités.

Les Etats membres de l’UE, dont la France, doivent prendre leurs responsabilités face à cette situation. Nous ne pouvons laisser ces pays faire face seuls à l’immigration massive. Comme l’explique M. Fakhoury, Ministre jordanien de la planification et de la coordination internationale, « lorsqu’il y a une crise universelle, la réponse doit être universelle ».

Déplacement en Jordanie de la Commission Migrations du Conseil de l’Europe
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