COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU 4 AVRIL 2019

Audition de Gérard Peltre, Président de Ruralité-Environnement-Développement (R.E.D.)

En introduction, la Présidente présente l’association R.E.D.et son président M. Gérard Peltre, en rappelant les finalités de la structure: une meilleure opérationnalité sur le terrain et un dialogue renforcé avec les institutions européennes. En effet, l’association est particulièrement investie dans les institutions européennes, notamment entant que membre du groupe consultatif « Développement Rural » de la Commission européenne qui a été créée pour instaurer un dialogique régulier avec le secteur associatif rural. Elle a d’ailleurs lancé une « Proposition pour une politique européenne des territoires ruraux », et la réflexion pour l’Agenda rural européen. Cet agenda est l’un des volets des objectifs stratégiques défendus au sein de R.E.D. tels que la mise en place d’une politique européenne spécifique de développement des territoires ruraux, la reconnaissance des territoires ruraux en pôles de développement et d’innovation ou encore le développement d’interrelations fortes et équilibrées entre pôles urbains et ruraux.

Monsieur Peltre commence son intervention par une vision positive des territoires ruraux : « pleurer ne sert pas à grand-chose, la pitié n’apporte rien ». Il veut montrer que les territoires ruraux sont des acteurs qui doivent avoir une reconnaissance au niveau européen en étant inscrits comme des pôles sans tomber pour autant dans l’opposition ville-campagne. C’était l’ambition de R.E.D. lorsqu’elle a été créée : inspirer l’Europe, pas par la défense d’intérêts particuliers mais en fédérant les acteurs pour les mettre en mouvement : « on fera avec les autres, d’abord ». Les territoires ruraux ne sont pas que des espaces agricoles, ils répondent à des challenges humains importants. Pour lui, il faut suivre deux orientations : un soutien franc et massif à l’agriculture dès lorsqu’elle est territorialisée en réfléchissant à la manière dont elle peut interagir avec des acteurs, et des politiques en faveur de la diversité des territoires ruraux. Qu’ils soient de montagne ou insulaires et malgré leurs particularités, ces territoires doivent être avant tout pensés comme des territoires ruraux qui ont à nouer des partenariats collectifs.

Monsieur Peltre présente ensuite le mouvement européen de la ruralité, une plateforme alternative de tous les territoires qui regroupe diverses associations convergeant vers l’idée que les territoires ruraux doivent être des pôles d’innovation avec une forte valeur ajoutée. Pour lui, il faut que les acteurs des territoires ruraux se saisissent de leurs richesses et profitent de leur diversité en prenant conscience qu’ils ont un rôle politique à jouer. Il donne pour cela l’exemple de ce qui est fait avec le Grand-duché du Luxembourg qui développe un centre de référence de la ruralité, en luttant entre autres pour que tous les espaces ne s’artificialisent pas. Pour réussir à effectuer un travail avec l’UE, il est nécessaire de s’approprier son agenda opérationnel. C’est le cas avec le parlement européen ou le comité social européen : il faut diriger ses actions de manière à faire en sorte que toutes les instances de l’UE travaillent sur le même agenda et émettent le même avis. C’est le rôle que joue en partie le RED, qui a par exemple proposé au Parlement la création d’un intergroupe rural, avec des représentants de la société civile, présidé par Mercedes Bresso et qui défend le principe du développement rural et de l’approche LEADER. Ils votent en faveur de l’Agenda rural européen et édictent des propositions dans ce sens. Cette démarche prend de l’ampleur notamment en France grâce à l’engagement de Jacqueline Gourault et l’idée d’un Agenda rural européen. La place de la France est importante car c’est elle qui peut donner l’impulsion dominante. Pour cela, les élections européennes seront un rendez-vous essentiel : il faut s’engager auprès des listes qui défendent l’enjeu européen. Il axe sa réflexion sur l’idée que le vote populiste est celui d’une certitude d’abandon pour les citoyens, alors qu’on peut leur redonner confiance en l’Europe.

Une expérimentation a été faite en ce sens par le sous-groupe RURBAN de l’intergroupe européen des territoires,en développant l’idée d’interrelations rurales et urbaines.

Pour conclure, il rappelle que les politiques de l’UE se mobiliseront pour les territoires ruraux uniquement si ces derniers arrivent à trouver un cadre politique commun.

Les échanges avec les député.es présent.es ont porté sur la vision de cette ruralité non pas gémissante mais conquérante, selon l’expression de la Présidente. Pour Gérard Peltre, la France est passée à côté de quelque chose lorsqu’elle a mis en place la réforme territoriale. Il rappelle l’importance du cadre stratégique du traité de Lisbonne qui ne s’intéresse pas qu’au social mais prend en compte la cohésion territoriale. Des choses ont été faites en Europe mais elles ne sont pas toutes mises en œuvre partout de la bonne manière.

Au niveau du budget européen, il faut que l’Europe soit plus proche des citoyens en touchant directement et concrètement les gens mais en faveur des territoires (par exemple en aidant les petites entreprises et les circuits courts). Cependant, le budget européen ne peut rien s’il n’y a pas de convergence. Le travail ne doit pas se faire que sur les idées mais en alimentant des proportions concrètes, comme celles présentées par différents députés sur leurs territoires. Sur l’utilisation des fonds Leader, Monsieur Peltre explique qu’ils ont été inspirés du partenariat public-privé à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire entre associations, petites entreprises, ou encore collectivités locales, avec une délégation de service public inscrite dans le droit européen. Pour que ça marche, il ne faut pas complexifier les conventions passées entre petites entités. Quand on sait qu’il n’y a pas de concurrence, il faut pouvoir trouver de la simplification. Il y a pour lui une double responsabilité dans la non-consommation de ces fonds : des politiques publiques comme la loi NOTRE qui ont éloigné la responsabilité, et des ministères qui ne sont pas assez incisifs sur LEADER et FEADER. De plus, le co-financement est très important, de même que la co-construction. En France, la délégation aux régions entrave cette idée de « faire ensemble »et fausse les maillons.

Cependant, l’approche ne doit pas se focaliser uniquement sur les moyens mais également sur les réseaux, la masse de citoyens qui peut trouver une dynamique. D’où la réflexion sur l’ingénierie : elle doit créer des systèmes en ayant de la souplesse pour s’adapter à chaque territoire, et en mutualisant les compétences dans les territoires.L’ingénierie doit être au service des élus locaux, chaque village doit pouvoir la mobiliser.

Enfin, la discussion rappelle l’importance d’inverser le sentiment de dénigrement des territoires ruraux pour qu’ils deviennent des territoires de fierté, où l’on redonne le pouvoir au gens. En ce sens, le développement durable peut être quelque chose qui nous unisse, si on l’organise non par des lois qui interdisent, mais en permettant et autorisant l’émergence d’innovations, avec un désir de « faire-ensemble». Il ne faut pas toujours entrer par des portes politiciennes mais voir qu’au-delà du gouvernement d’un ensemble, il y a des gens qui ont besoin qu’on leur redonne le pouvoir en laissant émerger leurs potentialités.

L’ordre du jour étant épuisé et plus personne ne souhaitant prendre la parole, les travaux sont clos.

Europe et ruralité

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