COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU MERCREDI 6 MARS 2019

Audition du Docteur Isaac Gbadamassi, Initiateur et pilote de la Plateforme Alternative d’Innovation en Santé (PAÏS)

En introduction, la présidente rappelle que la santé est au cœur des préoccupations des Français. Ce thème revient régulièrement lors des réunions organisées dans le cadre du Grand débat national. Dans la perspective de ruralité conquérante qui est celle du groupe d’étude, il est  absolument  nécessaire  de  faire de l’innovation en terme de santé sur les territoires.

PAÏS (plateforme alternative d’innovation en santé) répond justement aux défis des territoires ruraux en matièrede santé. C’est une organisation qui s’appuie sur le trépieds hôpital – médecine de ville – élus locaux, pour une prise en charge de la santé au sein des territoires.

Dans son propos, le Docteur Gbadamassi explique que ce projet est parti du constat, en tant que professionnel, d’un déficit de coordination qui diminue la  qualité  de  l’offre  de  soins. Suite  à  cela,  il  a  eu  la  volonté  de décloisonner cette offre de santé. Il expose les différentes innovations de PAÏS, en coordination avec ces trois acteurs:

– Organisation d’un planning de soins non programmés où se relaient des médecins du territoire.

– Formation  en  secrétariat,  pour  que  les secrétaires médicales  apprennent  à  prendre  les  appels,  filtrer  les urgences, ou réorienter  au  besoin  vers  les  services  sociaux.  Cela  a  permis  de  libérer  du  temps  pour  les médecins et de mieux orienter le patient au début de la prise en charge.

– Formation des différents personnels médicaux ou non, par exemple dans les maisons de retraite, pour répondre aux problèmes de mobilité, et diminuer les coûts de déplacement pour des actes mineures (il n’est dès lors plus nécessaire de faire 30 km et payer deux trajets pour resucrer un patient atteint de diabète par exemple).

– Prévention dans les maisons de retraite ou les écoles pour adopter les bons réflexes et faire diminuer le nombre de consultations. Par exemple, en faisant venir le SAMU dans les écoles, on apprend aux enfants les gestes de premiers secours et comment contacter les services d’urgences en cas d’accident.

– Mise en place par le maire d’une salle pour effectuer des dépistages, directement envoyés aux professionnels concernés, suivis d’une prise en charge rapide au besoin. Auparavant, il fallait jusqu’à un an pour avoir un rendez-vous chez un spécialiste.

– Distribution d’information à titre gratuit dans les services d’urgences via des protocoles de prise en charge des allergies ou problèmes cardiaques par exemple.

Grâce à ces différents dispositifs, le Docteur Gbadamassi a remarqué une amélioration de la qualité de vie des médecins qui ont gagné du temps libre, une régulation des urgences faisant diminuer les tensions entre médecins et urgentistes grâce à la coopération entre les acteurs, ainsi que l’arrivée sur le territoire de jeunes médecins ou d’étudiants en stage qui reviennent ensuite s’y installer. En effet, les plannings de soins non programmés de PAÏS attirent les jeunes médecins qui ne veulent plus être quotidiennement en cabinet et aspirent à faire également des soins non programmés et de la prévention. Surtout, PAÏS a permis de remettre de la proximité dans les territoires ruraux.

Concernant les soins non-programmés, le Docteur Gbadamassi s’est rendu compte qu’une fois que la journée est organisée  et  que  le  patient  est  assuré  de  pouvoir  trouver  un  médecin disponible  pour  le  recevoir le  matin,  les appels entre 20h et minuit ont largement diminué. Ce n’est donc pas impossible à mettre en place.

L’attention a ensuite été attirée sur le financement: c’est un dispositif qui ne coûte  pas cher car il permet une mutualisation des moyens au sein du territoire. Pour information, une journée de soins non-programmés revient à 100€, soit pour un bassin de 20 à 22 000 habitants avec 10 médecins, 80 200€ par an. Le problème, c’est que personne ne veut financer. Le coût est souvent supporté par les communautés de communes, qui n’ont pas à payer pour la santé, d’où la volonté du Docteur Gbadamassi de renouer le dialogue avec les élus pour trouver les  fonds  nécessaires. Malgré  les  nombreux  prix reçus  par  PAÏS, plateforme citée par ailleurs par la Cour des Comptes, rien n’est fait pour mettre en place le financement qu’elle requiert. Par exemple, une étude montre que PAÏS coûterait  5€  par  habitant et par  an,  il  faut  donc que  l’Etat  mette  la  main  à  la  poche.  Ces  5€  sont essentiellement destinés aux frais de secrétariat et à l’offre de soins non programmés, car une caisse existe déjà pour financer la prévention (le fond national de prévention, d’éducation et d’information sanitaire).

En conclusion, le Docteur Gbadamassi rappelle que cette organisation simple et souple peut vraiment changer la vie dans les territoires, à condition d’avoir des personnes pour la mettre en place et la financer. Là où elle s’est installée, «l’esprit PAÏS» a créé une ambiance d’entraide et de coopération.

Lors des questions-réponses,  la  question  des  CPTS,  des  maisons  de  santé  et  de  la  couverture  des  soins  non-programmés par ces organismes a été posée pour savoir dans quelle mesure PAÏS faisait concurrence à l’ARS. Pour le Docteur Gbadamassi, PAÏS a répondu directement aux besoins en terme de santé, lorsque les ARS attendaient l’apparition des maisons de santé, puis des CPTS, pour offrir de la santé de proximité aux territoires. Il reconnaît cependant que les territoires ont besoin d’un accompagnement. Pour la prise en charge des urgences, il  observe par  exemple que les  ARS  se  contentent  de  définir  un  «marché  régional» tandis  que les  initiatives locales s’intéressent aux réalités du territoire. De manière générale, il ne faut pas penser en terme de concurrence mais de coordination entre les acteurs: il n’y a pas de guerre entre les pompiers et le SAMU qui ont tous deux pour objectif que les secours arrivent au plus vite et assurent la meilleure prise encharge du patient.

Sur les questions de la territorialisation de la patientèle et des freins de la part des médecins à la coopération, le Docteur Gbadamassi explique que les médecins qui assurent des soins non programmés allègent en réalité leur agenda ce qui leur permet d’aller sur les territoires en déficit de soins. De plus, les médecins s’organisent pour discuter entre eux des différents dossiers. Ils sont responsables et communiquent, ce qui permet un meilleur suivi de laprise en charge.

Par  rapport  au  financement  par  les  collectivités  locales auquel  participent les conseils  départementaux qui salarient les  médecins, le Docteur Gbadamassi  a  écrit  au  Président  à  ce  sujet.  Pour  lui,  il  faut  que  les  gens apprennent à travailler ensemble. Il y a des savoir-faire dans les territoires, le problème c’est ensuite de «faire-savoir».

Sur l’obligation à s’installer dans les zones sous-dotées, le Docteur Gbadamassi pense que ça ne marchera pas, à l’exemple de pays comme l’Allemagne où l’échec a été total. En effet, les médecins ne cherchent pas forcément à gagner de l’argent, ils veulent surtout vivre. Aujourd’hui, les jeunes ne répondent plus hors de leur temps de travail. Par contre, démarcher des jeunes, inciter un groupe de deux ou trois étudiants à s’installer ensemble puis aménager  leur  temps  de  travail peut  avoir  un  impact  extrêmement  positif.  Les  stages  dans  les  hôpitaux  de proximité sont une bonne réponse à la désertification médicale mais il faut prendre en charge ces étudiants dont les  hôpitaux assument pour  le  moment le  coût.  Il  faut  que  les  gens  adhèrent  à  un  projet  dans  un  cadre  de décloisonnement, par exemple des cabinets partagés qui permettent aux médecins de se mettre à disposition du patient selon l’emploi du temps de chacun, plutôt que la contrainte d’une installation solitaire. La coopération est toujours la meilleure réponse: la mise en commun des ressources juridiques et administratives de l’hôpital et les rencontres entre médecins de ville et des groupes hospitaliers font gagner du temps aux médecins qui sont donc plus disponibles pour la formation des jeunes ou la prévention.

L’ordre du jour étant épuisé et plus personne ne souhaitant prendre la parole, les travaux sont clos.

La santé dans les territoires ruraux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :