COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU MERCREDI 18 DECEMBRE 2019

Audition d’Yves KRATTINGER et Emmanuel FAIVRE,
co-auteurs de l’ouvrage « Ruralité : stop ou encore ? »

En introduction, il est rappelé qu’Yves KRATTINGER, président du Conseil départemental de Haute-Saône et ancien sénateur, est un fin connaisseur de l’aménagement du territoire et du développement local. Son territoire est souvent cité comme modèle d’innovation dans ces domaines. Il est aussi rappelé qu’on sous-estime régulièrement le fait que la métropolisation n’est pas seulement une réalité, mais est aussi une idéologie qui sert d’arrière-fond pour toutes les décisions gouvernementales. Les territoires ruraux sont, dès lors, privés de stratégie de valorisation à leur encontre.

Selon lui, la très mauvaise gestion des territoires ruraux a été l’une des causes de l’apparition des gilets jaunes. Cette crise est révélatrice d’une fracture résultant de la négligence des banlieues et des campagnes, c’est-à-dire d’environ 50% de la population française.

Il affirme que les 173 mesures tirées de la mission Agenda rural ne sont pas à la hauteur des enjeux. Elles ne traitent que les symptômes et non pas la cause des problèmes. Le grand paradoxe étant que la métropolisation est encouragée alors qu’une partie croissante des habitants urbains déclarent vouloir vivre en campagne. Pour lui, cette situation conduit à un certain malaise. La ruralité est présentée comme une charge, alors qu’elle peut, au contraire, constituer un investissement d’avenir. En effet, les nouveaux plans de développement soutenables sur le plan environnemental sont bien plus faciles à construire sur les territoires ruraux qu’en ville.

Yves KRATTINGER et Emmanuel FAIVRE identifient quatre pathologies permettant de mieux comprendre les problématiques que rencontrent ces territoires.

Premièrement, le monde rural n’apparait pas au niveau statistique sur les cartes nationales. Il n’est envisagé qu’en relation avec les villes, en tant que « résidu » des agglomérations. Pour les deux auteurs, il conviendrait de mettre en valeur leurs richesses avec des indicateurs de développement pour rééquilibrer les rapports de force avec les métropoles.

Deuxièmement, trop de contraintes, notamment administratives, pèsent sur le développement de ces territoires, d’autant plus quand elles sont calquées sur celles des métropoles. Il est nécessaire de recréer de la vie et du lien dans et entre les villages. Pour cela, le rôle de l’élu municipal et des relations intercommunales est à repenser.

Troisièmement, les inégalités territoriales continuent de se creuser. L’Etat le reconnait dans ses rapports de façon implicite. La crise financière a encore aggravé la situation car beaucoup d’entreprises établies dans les territoires ruraux sont parties. Par ailleurs, l’Etat a baissé les dotations de ces territoires en se concentrant sur les métropoles. Il faut donc une égalité réelle et non plus formelle. Pour se faire, il faut corriger les disruptions dans les moyens attribués aux départements.

Enfin, les territoires ruraux rencontrent un déficit structurel de ressources humaines. Cela ne s’explique non pas du fait d’une mauvaise qualité de la communauté éducative mais du fait que les jeunes diplômés partent dans les métropoles les plus proches.

Au cours des échanges, il est avancé que la méthodologie des projets pose souvent problème car elle ne permet pas d’impliquer suffisamment les populations et d’obtenir leur soutien. De plus, il est pointé un certain manque d’ambitions de nombreux élus ruraux. Pour Yves KRATTINGER, l’Etat s’est retiré lentement de ces territoires mais n’a jamais construit de modèle alternatif.

Il ajoute que beaucoup d’erreurs ont eu lieu en matière d’urbanisation. Selon lui, l’important est de redynamiser les villes moyennes plutôt que d’étaler les commerces sur des petites communes.

Concernant l’insertion professionnelle, il ne faut pas attendre des actions de l’Etat pour agir et s’organiser au niveau local. En effet, peu d’entreprises locales ont des visibilités nationales ce qui complique la tâche pour savoir lesquelles inclure dans les décisions.

Porter le projet d’une nouvelle ruralité suppose d’adopter une démarche offensive pour ne pas rester paralysé dans une position défensive et passive qui se trouve être contreproductive. Pour se faire, il faut engager un débat positif avec une réflexion de fond sur les causes des problèmes pour mieux les résoudre.

Une députée demande comment organiser au mieux les différents échelons entre les acteurs territoriaux. Pour Yves KRATTINGER, le département devrait être le fédérateur des communautés de communes afin de coordonner et mettre en valeur les initiatives locales.

L’ordre du jour étant épuisé et plus personne ne souhaitant prendre la parole, les travaux sont clos.

« Ruralité : stop ou encore ? »

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